Cette thèse a pour objectif d’analyser les composantes de la navigation affectées par le handicap cognitif et contraignant la chaîne du déplacement, afin d’identifier des leviers en matière de solutions d’aide à la mobilité. 

 

 

Résumé :

L’action de se déplacer en ville est une étape fondamentale à la plupart des activités quotidiennes. Cette activité dépend de processus cognitifs coûteux rassemblés sous la notion de « navigation dirigée » (Montello, 2017). Ces processus peuvent devenir particulièrement complexes à effectuer pour des individus ayant un handicap cognitif. Les besoins exprimés par ces personnes, ainsi que la faible connaissance de leurs difficultés, appellent un état des lieux de la mobilité urbaine vécue par cette population. Cette thèse a pour objectif d’analyser les composantes de la navigation affectées par le handicap cognitif et contraignant la chaîne du déplacement, afin d’identifier des leviers en matière de solutions d’aide à la mobilité. A ce jour, peu d’études ont analysé systématiquement les difficultés de déplacement d’individus ayant un handicap cognitif. Un obstacle majeur réside dans la faible inclusion des personnes concernées. L’objectif de la première étude de cette thèse a été de développer des connaissances sur la mobilité dans le champ du handicap cognitif. Des entretiens semi-dirigés ont été menés auprès de 44 participants ayant un handicap cognitif et de 22 participants contrôles afin d’accéder aux épisodes vécus. 218 situations complexes de la mobilité des personnes ont été extraites. Nos analyses mettent en évidence une différence majeure chez les participants ayant un handicap dans la résolution de problèmes de navigation : le recours plus fréquent à une aide extérieure. Une analyse des correspondances multiples fait émerger plusieurs profils types d’évènements complexes de mobilité, et ouvre des pistes de réflexion sur des solutions possibles. L’identification de ces éléments permet de formuler des recommandations pour favoriser la mobilité, en particulier concernant les aides au déplacement. Les aides à la navigation existantes, qui s’appuient sur les nouvelles technologies (applications, GPS), restent à ce jour peu adaptées aux besoins cognitifs réels de l’être humain (Grison & Gyselinck, 2019). La seconde étude visait à évaluer l’efficacité et l’utilisabilité d’un prototype d’aide au déplacement tenant compte des spécificités identifiées dans la première étude pour adapter l’aide à des personnes ayant un handicap cognitif. En particulier, le prototype d’aide proposé s’appuie sur la transmission d’instructions verbales audio utilisant des points de repère urbains (Denis et al., 2007). Ce prototype a été comparé à un autre dispositif inspiré des outils actuellement disponibles pour le grand public, utilisant des informations cartographiques. 90 participants sans handicap se sont déplacés dans un jeu vidéo (Grand Theft Auto V) et ont effectué des tâches spatiales. La moitié des participants effectuait l’expérience en condition de double tâche. Cette condition induisait une surcharge cognitive (Leplat & Sperandio, 1967), dans le but de simuler une incapacité. L’analyse des données recueillies montre des effets positifs du prototype utilisant les points de repère, avec une navigation plus efficace pour tous les participants l’utilisant. L’évaluation des prototypes par les participants montre également une nette préférence pour celui utilisant des points de repère. En revanche, le prototype inspiré des aides grand public apparaît le plus bénéfique dans la construction de représentations spatiales. Nos résultats ainsi que leurs applications possibles sont discutés, et des préconisations sont formulées pour le futur de la recherche sur la cognition spatiale dans le champ du handicap cognitif. En particulier, nos résultats mettent en évidence des situations où une aide pourrait favoriser la mobilité, et la façon dont cette aide pourrait s’adapter aux comportements des individus.

Directeurs de Thèse

Valérie Gyselinck, directrice de recherche — Université Gustave Eiffel
Jean-Marie Burkhardt, directeur de recherche — Université Gustave Eiffel

Jury

Béatrice Cahour, chercheuse HDR — Institut Polytechnique de Paris — Rapporteure
Isabelle Milleville-Pennel, chercheuse HDR — Nantes Université — Rapporteure
Yannick Courbois, professeur des universités — Université de Lille — Examinateur
Catherine Gabaude, directrice de recherche — Université Gustave Eiffel — Examinateur
Gérard Uzan, ingénieur de recherches — Université paris 8

 

 

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